D'importants incendies en Europe et à travers le monde, la nouvelle normalité ?

Le bassin méditerranéen est en proie à des incendies spectaculaires depuis le début d'août. Parmi les pays touchés, on compte la Grèce, l'Italie, l'Algérie ou encore la Turquie et plus récemment la France dans le département du Var. D'autres régions à travers le monde ont également été touchées sévèrement depuis le début de l'été. C'est le cas des États-Unis, du Canada et de la Russie. Cas exceptionnels ou nouvelle normalité ?

Figure 1 : Image satellite prise le 8 août 2021 montrant les fumées émanant des différents incendies qui s'abattent en Grèce (© NASA).
Figure 2 : Images satellites de l'île grecque Evia le 1 août et 11 août 2021, respectivement avant et après les feux qui sévissent dans la région (© European Union, Copernicus Sentinel-2 imagery).
Figure 3 : Image satellite en fausses couleurs datée du 11 août 2021 traitée afin de révéler l'étendue des zones calcinées par l'événement (ici en brun) (©contains modified Copernicus Sentinel data (2021), processed by ESA, CC BY-SA 3.0) IGO).

Donnée du jour : Images satellites de la Grèce et de l'île Evia durement touchée par des incendies depuis le début du mois d'août. La figure 1 correspond à l'image satellite de la Grèce a été prise par l'instrument Visible Infrared Imaging Radiometer Suite (VIIRS) à bord de Suomi NPP qui montre les panaches de fumées issues des différents incendies qui ravagent le pays. La figure 2 montre deux images satellites prises par l'un des satellites Sentinel 2, respectivement le 1er août 2021 (gauche) avant les incendies et le 11 août 2021 (droite). Les zones en brun-rouge correspondent aux régions calcinées par les incendies. La figure 3 correspond à l'image satellite Sentinel 2 qui a été traitée afin de mettre en avant les zones avec (en rouge) et dépourvues de végétation (en brun) permettant ainsi d'évaluer les dégâts causés par les incendies sur la végétation.


Description : Durant les deux premières semaines d'août, la Grèce a enduré une série d'incendies sur son territoire. Le pays ayant déjà connu d'intenses vagues de chaleur et d'importantes sécheresses ces dernières semaines, les incendies ont été d'autant plus violents et spectaculaires, comme en témoignent les images satellites (Figures 1-3). Selon les données de l'European Forest Fire Information System (EFFIS), depuis le début d'année, 122 159 ha ont brûlé, soit presque 6 fois plus que la moyenne annuelle de 2008 à 2020 (21 207 ha)1. Déjà 64 feux (de 30 ha ou plus) ont été recensés dans le pays en 2021, un nombre déjà au-dessus de la moyenne annuelle (46)1.

La deuxième île grecque, Evia est le territoire le plus touché. La végétation détectable par imagerie optique satellitaire grâce à ses propriétés physico-chimiques, peut être cartographiée permettant ainsi de quantifier les surfaces couvertes et non couvertes par la végétation (Figures 2 et 3). La Figure 3 est une image traitée (fausses couleurs) afin de tenir compte de la gamme du proche-infrarouge, généralement utilisée pour mettre en évidence la présence de végétation, ici en rouge. Grâce à ces données obtenues grâce au composant "Rapid Mapping" du Copernicus Emergency Management Service (EMS) (service Copernicus de Gestion des Urgences), un des 6 services Copernicus mis à disposition, il a été estimé que plus de 50 000 ha de végétation ont été décimés par les incendies engendrant la destruction d'un grand nombre d'infrastructures et d'habitants et déplaçant des populations.

Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), dans le résumé aux décideurs du volet 1 de son nouveau rapport sorti ce mois d'août, révèle que "l'influence de l'Homme a probablement augmenté le risque lié aux événements météorologiques extrêmes depuis les années 1950. Cela inclut la hausse en fréquence de l'occurrence des vagues de chaleur et des sécheresses à l'échelle globale (confiance forte), des incendies dans certaines régions de tous les continents habités (confiance moyenne)..."2. Le rapport montre que les émissions de gaz à effet de serre issues des activités anthropiques sont responsables d'une hausse de température d'environ 1,1°C depuis la période 1850-1900 et constate qu'en moyenne au cours des 20 prochaines années, la température mondiale devrait atteindre ou dépasser 1,5°C de réchauffement. À 1,5°C de réchauffement, les vagues de chaleur vont augmenter, les saisons chaudes seront plus longues et les saisons froides plus courtes. À 2°C de réchauffement en revanche, les chaleurs extrêmes seront plus souvent des seuils de tolérance critiques pour la santé humaine et certaines activités économiques comme l'agriculture3.

On peut ainsi s'attendre en Europe et plus particulièrement dans le pourtour méditerranéen à voir dans les années et décennies à venir des épisodes d'incendies similaires et plus fréquents. Ainsi, et pour limiter au possible ces événements et leurs effets néfastes pour l'Homme et les écosystèmes, il est impératif de réduire fortement, dès maintenant et de façon pérenne les émissions de gaz à effet de serre et plus particulièrement de dioxyde de carbone (CO2) et de ramener à zéro les émissions nettes de CO2. Outre l'atténuation, le réchauffement planétaire actuel engendre des impacts régionaux déjà perceptibles sur tous les continents comme ceux vécus ces derniers mois tels que les vagues de chaleur au Canada et aux États-Unis ou encore les inondations dans l'ouest de l'Europe. Ces événements spectaculaires rappellent la nécessité absolue de mettre en place et sans attendre des solutions d'adaptation face aux impacts malheureusement déjà visibles du bouleversement du climat.


Zoom sur les missions et données satellites : L'image de la figure 1 a été acquise par l'instrument Visible Infrared Imaging Radiometer Suite (VIIRS) on Suomi NPP qui permet notamment d'avoir des images de contexte sur un large territoire avec une résolution de 750 mètres. Les images des figures 2 et 3 ont été acquises par l'imageur optique MultiSpectral Instrument (MSI) à bord des satellites Sentinel 2 du programme Copernicus. Pour rappel, ce programme de l'Union européenne a pour but d'observer et de surveiller la Terre et son environnement pour le bénéfice des citoyens européens pour notamment soutenir dans la réponse aux défis socio-économiques, environnementaux et climatiques. Les imageurs optiques sont utilisés, car ils mesurent la lumière solaire réfléchie (i.e., réflectivité) par la surface. La plupart des végétaux étant composés de chlorophylles, permettant la photosynthèse. Cette dernière est détectable indirectement par ces instruments. Le principe est assez simple. La chlorophylle nous apparaît verte dans la gamme du visible (à oeil nu), car elle renvoie essentiellement la lumière solaire dans le vert (maximum de réflectivité dans le vert et absorbe principalement la lumière (ou énergie) solaire dans le bleu et le rouge. En effet, lorsque l'on mesure la réflectivité en fonction de la longueur d'onde (ou couleur), deux bandes d'absorption (ou baisses de la réflectivité), une dans le bleu (env. 450 nm) et l'autre dans le rouge (660 nm)) sont observables ayant pour origine l'absorption de l'énergie solaire par la chlorophylle nécessaire pour la photosynthèse.


Référence :

1 EFFIS Statistics

2 IPCC, 2021: Summary for Policymakers. In: Climate Change 2021: The Physical Science Basis. Contribution of Working Group I to the Sixth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change [Masson-Delmotte, V., P. Zhai, A. Pirani, S. L. Connors, C. Péan, S. Berger, N. Caud, Y. Chen, L. Goldfarb, M. I. Gomis, M. Huang, K. Leitzell, E. Lonnoy, J.B.R. Matthews, T. K. Maycock, T. Waterfield, O. Yelekçi, R. Yu and B. Zhou (eds.)]. Cambridge University Press. In Press. disponible ici.

3 GIEC, Communiqué de presse du 9 août 2021, disponible ici.


Compléments :

  • Pour connaître la location des feux actifs et les zones touchées déteminées à partir des données satellites MODIS et VIIRS en temps réel, allez voir EFFIS current situation viewer

À propos de l’auteur :

Jennifer Fernando est conseillère en stratégie environnementale basée sur l'utilisation des données de l'observation de la Terre par satellites. Elle accompagne les acteurs des territoires (établissements publics, collectivités, entreprises, ONG/associations/fondations, citoyens) qui souhaitent utiliser les données et images satellites dans le but de faciliter l'évaluation, la gestion et le suivi des ressources naturelles (eau, forêt, sol, air, écosystèmes, biodiversité) et des changements globaux (pollution, pénurie, dérèglement climatique). Elle accompagne également les acteurs de la communauté du spatial (start-ups, PME, ETI, agences spatiales) qui développent des missions spatiales et/ou exploitent les images et données satellites et qui souhaitent développer des applications au plus proche des besoins des utilisateurs finaux et les valoriser auprès d'eux.

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